<= La métaphysique symbolique de Badass selon lui-même
La matinée est fraîche en ce début d'été, la grisaille brestoise est à point, et Badass s'avance sur sa moto. 120 kilos de chrome et d'accessoires en tous genres, 475 chevaux modifiés sous le capot et deux roues motrices portées par le vent. Badass sort de la brume tel Johnny Blaze -un ancien client- jadis sur sa monture de feu. Il parvient devant l'enseigne lumineuse et écarte d'un doigt tatillon les deux ridicules mobylettes qui lui font obstruction. Il a le temps avant que les propriétaires s'aperçoivent qu'ils ne sont plus propriétaires de rien. Et de toute façon, Badass n'a peur de rien. C'est plutôt le rien qui aurait peur de lui.
Badass entre dans le « Palais du Liban ». Rien a l'horizon. Les deux tenanciers qui préparent les kébabs préparent les kébabs, les pochtrons pochtronnent mais son contact du nom de capitaine Norris n'est pas là. Que nenni, Badass commandera un kébab. Depuis le temps. Il va donc pour commander un kébab. Là, un imposant humain musclé -autant que Badass-, qui tient plus du muscle que de l'humain, s'approche de lui et le regarde intensément :
« - Je veux tes bottes, tes vêtements et ta moto. »
Badass a une illumination et regarde en bas. En effet, le musclé n'a ni bottes, ni vêtements ni moto sur lui. Badass envoie valser l'individu parmi les tables et chaises diverses, convaincu qu'il ne reviendra pas de si tôt. Il peut enfin passer sa commande de kébab sans qu'un imbécile vienne tout le temps le déranger. Mais ça recommence. Une main lui tapote l'épaule. Badass se retourne. Une femme, la vingtaine, queue de cheval pour masquer une imposante chevelure et vêtements blancs pour masquer... Badass se le demande pendant une fraction de seconde avant de passer à autre chose.
« - Je suis Pyjama Blanc. » dit la jeune fille.
« - Désolé, je fais pas dans le textile. » répond Badass. Et il se retourne, soulagé, pour enfin commander son kébab.
La main lui retapote l'épaule.
« - Je suis Pyjama Blanc, et j'ai un message important pour toi. »
« - Depuis quand les pyjamas blancs délivrent-ils des messages ? »
Et Badass comprend. Il regarde autour de lui. De toute évidence, le capitaine Norris ne viendra pas. Il décide de s'isoler avec la demoiselle.
« - Tu viens de la part de Norris ? »
« - Oui. Il n'a pas pu venir car il a été retenu par une affaire urgente. »
« - Mais il a quand même eu le temps de te dire ça ? »
« - Monsieur Norris est plein de ressources... »
Soudain, les deux tenanciers du kébab se baissent pour se cacher derrière le comptoir. Badass l'a bien vu et dévine l'ombre qui se profile depuis la porte d'entrée.
« - Baisse-toi ! » dit-il à la dénommée Pyjama Blanc en lui baissant la tête vers son genoux. Une rafale de balles les rate de peu, mais les pochtrons n'y échappent pas. Question nettoyage, c'est encore mieux qu'un accident domestique de type grenade, le domestique en moins. Mais Badass n'a pas le temps de penser. Il se retourne, sort son lance-couteaux à double lames et balance une volée dans le tas. Il entend deux râles mortels et devine les pas d'un troisième assassin en fuite.
Il s'élance alors vers la sortie et a juste le temps d'apercevoir l'inconnu monter dans un 4x4. Badass s'arrête et prend sa montre. Il enclenche un bouton et se met à parler à sa montre :
« - Fat, Sirius, toujours là ? »
« - Oui, on t'entend bien. » dit Sirius. « Des soucis ? »
« - Magnez vos culs les gars, on a une course-poursuite sur les bras. »
« - Cool. »
Badass regarde sa moto et se dit qu'elle est très bien là où elle est. Soudain, un grondement fait vibrer les trottoirs. Une immense jeep toute de noir et de jaune, et de rouge, s'avance sur la parvis, écrasant comme un colosse sans peur les sacs plastiques et les cannettes. Au volant, Sirius, prêt à en découdre. Tandis qu'à l'arrière, Fat tient dans sa main un kébab. Mais Badass n'a pas le temps de se demander comment il a fait ; il a juste le temps de monter dans le véhicule et tous trois démarrent en trombe, laissant derrière deux trois passant noirs de cambouis.
Sirius accélère. Badass, connaissant mieux que personne sa FJOTBG ('Fun Jeep of the Badass Garage') tourne une manette cachée et tout le tableau de bord tourne sur lui-même. Les volants deviennent des joysticks, et tout un tas de boutons qui servent surement à quelque chose font leur apparition devant les yeux ébahis de Sirius et Fat. Ce dernier en oublie de tenir son kébab, qui va s'envoler dans le vent. Badass, loin de sentir étonné (normal), active alors une sorte de radar, sur lequel apparaissent un point blanc et un point rouge.
« - C'est quoi, les points ? » demande Sirius.
« - C'est nous et eux » répond Badass.
« - Et c'est quel point, nous ? »
« - Euh, j'ai pas pu régler cette question encore. »
De toute façon, la 4x4 ennemie est déjà en vue, filant comme une forcenée dans la Jaurès Avenue, grillant et cramant les feux rouges à tour de volant. Badass active encore une fonction cachée de sa jeep et voilà que le véhicule file comme le vent tellement que le paysage n'est plus visible. Sirius a tout de même le temps de se rapprocher et de freiner suffisamment sur la jeep ennemie pour l'accoster. Les trois compères devinent au moins 5 personnes dans le véhicule, dont une particulièrement massive. Badass ouvre une boîte encore cachée pour en sortir une « panoplie complète de jones », l'arme parfaite pour l'abordage. Il met le chapeau, la veste en cuir et déroule le fouet dans un claquement sec. La première tentative n'étant pas terrible, il recommence et parvient à choper le coup d'un des fuyards, le tirant de toute ses forces de la 4x4.
« AAAAAAaaaaaahhhhh »
L'homme se retrouve suspendu à un poteau. Et le fouet avec. Badass sans arme, se débarrasse de sa panoplie qui n'a alors plus de raison d'être. Et c'est le Fat qui entre alors en scène.
Deux des mafieux sortent alors du véhicule pour tenter de choper nos compères dans leur propre jeep. Le Fat les accueille avec un joli speciment de arbalète lance-arbalète qu'il a trouvé dans un recoin. Deux coups, trois coups et fat se retrouve alors sans munitions. Visant mal, il n'a pu toucher les deux ennemis qui s'agrippent dangereusement à la voiture. Fat, énervé, à la fois par ce fait indéniable et par la perte de son kébab, finit par leur balancer l'arbalète à la gueule. L'un des deux ne supporte pas le coup et lâche-prise. Son corps, avec l'élan, va se perdre dans l'entrée du macdo.
Badass décide de prendre les choses en main. Sirius et lui échange et Badass prend le volant. Il décide alors de libérer la voiture de l'emprise de la 4x4 ennemie. Le dernier assaillant, manquant d'être écartelé, lâche lui aussi prise et s'en va repeindre sur quelques mètres le bitume de son sang. Les deux voitures parviennent en vue de la Liberté Place. Le malfrat au volant de la 4x4 s'engage sur la grande place, bien décidé sans doute à semer leurs poursuivants. Mais Badass n'est pas en reste et le suit de prêt.
Fat et Sirius jaugent la situation. Il reste deux ennemis à vaincre, dont un, le plus grand et le plus costaud, est déjà en train de se lever pour venir les affronter.
«- Badass, as-tu un putain de lance-missile dans ta jeep ? » lui lance Fat.
Mais Sirius l'arrête.
« - Non, oublie, il nous en faut au moins un vivant ! Sans cela, aucune chance d'en apprendre plus sur leur patron ! »
« - Arf ! Okay, toi tu t'occupes du gros et moi du conducteur. Que la chance soit avec toi. »
Les deux voitures foncent maintenant vers le Monument aux morts. Sirius saute dans la 4x4 ennemie et se retrouve face-à-face avec la grosse brute, laquelle esquisse déjà un sourire de triomphe. Dans un éclair de lucidité, ou peut-être par dépit, Sirius pense à la technique de la Grue-dont-les-aîles-miroitent-sous-le-ciel et crie à la brute « Oh le woiseau » tout en indiquant un point indéfini dans l'espace au-dessus de lui. La brute lève la tête, passablement curieux, et Sirius n'a plus qu'à ébaucher une simple poussée de l'index pour le faire tomber. C'est le moment où les deux voitures entrent sous le tunnel. La brute, plus haute que la hauteur maximale autorisée, arrête sa course ici.
Pendant ce temps, Le Fat tente de prendre le contrôle de la 4x4. Mais le chauffeur est coriace. Les coups de poing que lui assène le Fat ne change rien. Alors, voyant tout près la grande ombre du Monument aux morts qui se dessine devant eux, il prend le volant, provoque une embardée en direction du monolithe, se tourne vers Sirius, et tous deux sautent alors vers la Jeep de Badass, qui freine. L'autre 4x4 s'en va s'écraser contre le monument éternel, lequel ne se souviendra de cet événement que par la minuscule éraflure que provoqua la collision.
Nos trois compères s'avancent vers le magma de ferraille et d'essence. Heureusement, le chauffeur est toujours en vie !